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Surveiller son entreprise à distance avec une caméra connectée

7 min de lecture Mis à jour le 14 septembre 2026

Une caméra connectée envoie ses images sur le téléphone du dirigeant et le prévient quand quelqu'un bouge dans les locaux fermés. Pour un commerce, un atelier ou un entrepôt, le matériel coûte aujourd'hui entre 100 et 300 euros par caméra, et un système de quatre caméras avec enregistreur s'installe pour moins de 2 000 euros. Ce qui demande plus d'attention que l'achat, c'est le cadre légal, différent selon que le lieu est ouvert au public ou non, et qui limite ce qu'on peut filmer et combien de temps on garde les images. Voici comment fonctionne le système, comment le choisir, et ce que la loi impose avant de poser la première caméra.

L'essentiel

Un lieu ouvert au public (boutique, accueil) demande une autorisation préfectorale. Un lieu fermé au public (bureaux, réserve, atelier) relève du RGPD, avec information des salariés, consultation du CSE s'il existe et inscription au registre des traitements. Dans les deux cas, pas de caméra sur un poste de travail sauf risque particulier, pas dans les espaces de pause ni les vestiaires, et des images conservées un mois au maximum. Côté matériel, une caméra filaire sur enregistreur local est plus fiable qu'une caméra Wi-Fi sur abonnement.

Comment ça fonctionne

La caméra se connecte au réseau de l'entreprise par Wi-Fi ou par câble Ethernet, qui l'alimente aussi en électricité (PoE). Elle filme en continu ou sur détection de mouvement, enregistre sur une carte mémoire, sur un enregistreur local (NVR) ou sur le serveur du fabricant, et envoie une notification sur le téléphone quand elle détecte quelque chose. Les modèles récents distinguent une personne d'un chat, d'un phare de voiture ou d'une branche qui bouge, ce qui divise les fausses alertes par dix et fait la différence entre un système qu'on regarde et un système qu'on coupe au bout d'une semaine. Depuis l'application, on regarde le direct, on remonte dans les enregistrements, on parle par le haut-parleur de la caméra et on déclenche une sirène sur certains modèles.

ChoixOptionAvantageLimite
ConnexionWi-FiPose en dix minutesCoupures, portée, une coupure de courant l'éteint
Câble PoEAlimentation et données par un seul câble, stablePassage de câbles, installateur
StockageEnregistreur local ou carteSans abonnement, images chez vousPeut être volé avec le reste, à placer hors de vue
Serveur du fabricantImages conservées même si le matériel est emporté3 à 10 € par caméra et par mois, données hors de l'entreprise
DétectionMouvement simpleSur tous les modèlesFausses alertes constantes
Reconnaissance de personnes et véhiculesAlertes utiles seulementModèles à partir de 100 à 150 €

Choisir le matériel

  1. Compter les zones, pas les pièces. Les accès (porte principale, porte de service, quai), la caisse ou le coffre, la réserve ou le stock, le parking. Une caméra grand angle par zone suffit en général. Quatre caméras couvrent la plupart des commerces et des ateliers.
  2. Prendre une résolution d'au moins 4 mégapixels (2K). C'est ce qui permet de lire un visage ou une plaque à dix mètres. La vision nocturne infrarouge porte 20 à 30 mètres sur les modèles courants, en noir et blanc. Certaines caméras à éclairage intégré filment en couleur la nuit.
  3. Prévoir l'extérieur. Une caméra dehors doit être certifiée IP66 au moins, posée hors de portée de main, à trois mètres, et orientée pour ne pas filmer la rue ni la propriété voisine, ce que la loi interdit.
  4. Préférer le câble pour un système fixe. Le Wi-Fi convient pour une ou deux caméras dans un petit local. Au-delà, ou pour un lieu où l'enregistrement doit être fiable, les caméras PoE sur un enregistreur local tiennent des années sans intervention.
  5. Sécuriser l'accès. Mot de passe propre à chaque caméra et à l'enregistreur, jamais celui d'usine, double authentification sur l'application, mises à jour du micrologiciel, et un réseau séparé de celui des ordinateurs si l'entreprise a un informaticien. Les caméras à mot de passe par défaut se trouvent en quelques minutes sur les moteurs de recherche d'objets connectés.

Côté budget, une caméra Wi-Fi d'intérieur correcte coûte 60 à 150 euros, une caméra PoE d'extérieur 120 à 300 euros, un enregistreur quatre à huit voies avec disque 250 à 600 euros. Une installation par un professionnel pour quatre caméras câblées revient à 1 500 à 3 500 euros matériel compris. Un abonnement de télésurveillance, avec un opérateur qui lève le doute et appelle la police, coûte 20 à 60 euros par mois.

Le cadre légal selon le lieu

Un lieu ouvert au public, magasin, restaurant, hall d'accueil, relève du Code de la sécurité intérieure. L'installation demande une autorisation du préfet, obtenue par un formulaire Cerfa en ligne, valable cinq ans et renouvelable, et un panneau à chaque entrée indiquant la présence de caméras, le nom du responsable et la façon d'accéder aux images. Sans autorisation, l'exploitant s'expose à une amende et les images perdent leur valeur de preuve.

Un lieu fermé au public, bureaux, réserve, atelier, entrepôt, relève du RGPD. Pas d'autorisation, mais des obligations. Informer chaque salarié, par note de service ou avenant, de l'existence des caméras, de leur finalité, de la durée de conservation et de la façon d'exercer ses droits. Consulter le comité social et économique avant l'installation dans les entreprises qui en ont un. Inscrire le dispositif au registre des traitements, et afficher un panneau d'information. La CNIL contrôle et sanctionne, et elle a déjà prononcé des amendes de plusieurs dizaines de milliers d'euros contre des PME pour des caméras filmant des salariés en continu.

Dans les deux cas, les règles de fond sont les mêmes. Les caméras ne filment pas les postes de travail en permanence, sauf en cas de risque particulier, une caisse, un coffre, un stock de valeur. Elles ne filment ni les espaces de pause, ni les vestiaires, ni les toilettes, ni les locaux syndicaux, ni la voie publique au-delà des abords immédiats de la porte. Les images ne se conservent pas plus d'un mois, sauf procédure en cours, et seules les personnes désignées y ont accès. Un dispositif installé pour la sécurité des biens ne peut pas servir à contrôler le temps de travail ou le comportement des salariés.

Mise en garde

Une caméra installée sans information des salariés rend les images inutilisables devant les prud'hommes, même si elles montrent un vol. La Cour de cassation admet depuis 2023 une preuve obtenue de façon déloyale dans certains cas, mais à des conditions strictes que l'employeur ne maîtrise pas à l'avance. Informer avant coûte une note de service et évite de perdre à la fois le procès et le salarié.

Ce que la caméra ne fait pas seule

Une alerte à 3 h du matin n'a d'intérêt que si quelqu'un réagit. Le dispositif complet associe la caméra à une alarme avec détecteurs d'ouverture, à un éclairage qui s'allume sur détection, et à une procédure. Qui reçoit l'alerte, qui regarde les images, qui appelle la police, qui se déplace. Pour un dirigeant qui ne veut pas se lever, la télésurveillance fait ce travail, l'opérateur regarde la caméra, écarte les fausses alertes et déclenche l'intervention. L'assureur accorde souvent une réduction de prime pour une installation certifiée avec télésurveillance, et le demande parfois au-delà d'un certain montant de stock.

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Vos questions

Peut-on filmer ses salariés ?
On peut filmer les locaux où ils travaillent pour la sécurité des biens et des personnes, après les avoir informés et consulté le CSE, mais pas les placer sous surveillance permanente à leur poste. La caméra braquée sur un bureau ou une chaîne est interdite, sauf sur un poste qui manipule de l'argent ou des objets de valeur. Les espaces de pause, vestiaires et toilettes sont exclus dans tous les cas.
Quel budget pour un commerce ?
De 400 à 800 euros pour quatre caméras Wi-Fi posées soi-même avec enregistrement sur carte ou abonnement, de 1 500 à 3 500 euros pour quatre caméras câblées sur enregistreur installées par un professionnel. La télésurveillance ajoute 20 à 60 euros par mois.
Les images valent-elles comme preuve ?
Devant la police et l'assureur, oui, si le dispositif est autorisé ou déclaré selon le cas. Devant le conseil de prud'hommes, seulement si les salariés ont été informés et le CSE consulté. Une caméra cachée ou non déclarée fait le plus souvent écarter les images, et expose l'employeur à une sanction de la CNIL.

Une caméra connectée protège un commerce ou un atelier pour quelques centaines d'euros, à condition d'être posée au bon endroit, sécurisée, et déclarée comme la loi le prévoit. D'autres articles sur la protection des locaux sont dans la rubrique Investissements.

Écrit par Étienne Rouault Rédacteur, investissement et gestion de patrimoine

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